L'article "Le club des marâtres" est celui qui a suscité le plus de réactions et de commentaires. Ces marâtres, ces femmes sont elles méchantes  pour déverser autant de bile ? Cette idée est dérangeante pour beaucoup. Et pourtant la méchanceté existe, chez les femmes comme chez les hommes. Je ne parle pas des psychopathes, juste de gens normaux.

Bien sûr, nous avons tous des moments de débordements, où notre parole va trop loin, avec l'envie de blesser parce que nous l'avons été. Ceci n'est pas de la méchanceté et la parole qui a été blessante, si elle est rare, isolée, finit par être pardonnée.

En revanche, l'égocentrisme et l'absence de bienveillance, voire la malveillance occasionnelle, existent et n'ont rien à voir avec les dérapages et débordements.

J'ai longtemps refusé cette idée qu'une personne puisse être méchante. Or il existe des personnes méchantes, hommes ou femmes. Une mère ou un père peuvent être méchants. Il y a cette idée qu'une mère est forcément bonne. Le catholicisme avec son culte de Marie, a puissamment renforcé cette croyance qui confine au dogme chez beaucoup.

Dans mon éducation, il eût été choquant et pour tout dire, faire preuve de malveillance soi même ou d'absence d'humanisme que de soupçonner et d'évoquer une possible méchanceté chez quelqu'un. Cela serait entré en contradiction avec l'idée Rousseauiste de l'homme naturellement bon dont j'ai été imprégné, une sorte de charité et de volonté de ne pas penser à mal. Ma mère la refusait et trouvait toujours des excuses, des raisons et explications qui de fait, exonèrent la personne méchante de toute responsabilité. C'est à cause d'une enfance malheureuse, ou de problèmes psychologiques. Pour elle, il n'y avait pas de gens méchants juste des gens malades psychologiquement, qui ont des "problèmes". Elle n'acceptait pas qu'il en fut autrement et jamais je n'aurais osé dire une chose pareille ni même la penser. 

Je refusais de le penser, de l'admettre. Aussi je l'ai subie. A refuser une réalité, on court le risque de le subir et d'en être victime. 

Pour penser la méchanceté ou donner un sens à ce que je vivais, il m'a fallu passer par sa compréhension intellectuelle, par la décomposer en se composants principaux : la recherche de la satisfaction personnelle fut ce au détriment d'autrui, l'égocentrisme et de l'absence d'empathie. C'est au moyen de cette analyse que j'ai pu en prendre conscience et m'en tenir à l'écart. J'avais besoin de comprendre la méchanceté pour ne plus la subir.  

La marâtre,  pense à elle, à ses enfants et n'est pas prête à faire un effort, de compréhension ni à renoncer à sa satisfaction avec son nouvel homme ni encore moins le partager, Elle veut que son nouvel homme s'occupe d'elle et de ses enfants et moins, voire pas du tout des siens. Je me souviens de F., la mère de mon dernier. Elle était odieuse avec mes 3 aînés et me disait régulièrement : "ils ont une mère. Pourquoi veux tu passer autant de temps avec eux ?" Je ne savais pas très bien quoi répondre alors. Cela me choquait, me mettait en colère, mais je ne savais pas quoi répondre si ce n'est que des enfants ont besoin d'un père ou d'une mère. Elle voulait juste que mes enfants débarassent le plancher. Mes deux filles aînées l'ont fait un moment, et sont allé vivre chez leur mère. Mon fils, lui, a toujours tenu bon même si un soir en rentrant du travail je l'ai trouvé au fond de son lit superposé, terré et apeuré. Il s'y était réfugié, pour se mettre hors d'atteinte de sa colère. J'ai eu ensuite une relation sur plusieurs années avec une femme qui ne voulait pas voir, ni mes enfants ni mes amis. Il y avait toujours de bonnes raisons qui n'étaient pas de son fait. Pas le même milieu social, etc. J'allais chez elle pour la voir car disait elle, elle avait tout le temps ses filles. Sauf que les quelques fois où elle ne les avait pas, elle ne se déplaçait pas au début, puis une fois de temps après. Elle visait son confort et sa satisfaction sans avoir l'attention de la réciprocité. La frontière entre méchanceté et égoïsme est ténue. Pour elle mes enfants avient des défauts qui les rendaient de facto infréquentables. Ils étaient des enfants de bourgeois. Qu'elle ne les ait rencontrés que 3 fois sans jamais discuter avec eux ne changeait rien. Elle ne voulait pas les voir. Elle voulait que je sois disponible pour elle, et aussi pour aider ses filles. Ce que j'ai fait, jusqu'au jour où j'ai ouvert les yeux.

Aujourd'hui je vis avec une femme bienveillante qui fait attention à moi, à mes enfants, comme je fais attention aux siens. Au début de notre relation, sa bienveillance me mettait mal à l'aise. Cela cachait quelque chose et l'anxiété montait progressivement. J'étais tellement peu habitué à cette bienveillance et ce respect qu'il me paraissait louche. J'attendais le moment où la situation et notre relation allait redevenir "normale", c'est à dire où j'allais subir des remarques, des attaques et l'égoisme. Comme ce changement ne s'opérait pas, j'étais mal à l'aise. Progressivement j'ai fait la part des choses et surtout des personnes. Changer sa perception des autres et du monde prend du temps et de la patience.