Emilie, dans un commentaire sur un précédent article, posait la question de la différence entre cognitivisme et behaviorisme. Il est vrai que les termes de behaviourisme et de cognitivisme sont quasiment toujours associés dès qu'il s'agit d'approche thérapeutique. On parle de TCC pour Thérapie Cognitive et Comportementales (CBT en anglais). 

D'un point de vue théorique, le cognitivisme est né d'une critique du behaviorisme qui ne s'intéressait pas à toute l'activité intelllectuelle : les idées, les représentations, les anticipations, les croyances etc. Le béhaviorisme ne s'intéresse par principe qu'à ce qui est observable, or ce qui se passe dans notre tête n'est pas observable, or c'est pourtant extrêmement important d'un point de vue psychologique. Le cognitivisme a comblé une lacune théorique du béhaviorisme. 

D'un point de vue thérapeutique, l'objectif est le même : modifier une croyance irrationnelle qui est la cause du trouble de l'humeur. Pour prendre l'exemple de l'anxiété sociale, la personne peut être persuadée que quoi elle dise ou fasse, cela ne marchera pas et que personne ne fait attention à elle, l'ignorera ou la rejettera. Or si c'est peut être vrai pour certaines personnes, dans certaines situations, ce n'est très vraisemblablement pas le cas de tout le monde, tout le temps. Tout l'enjeu des TCC est de modifier cette croyance en faisant prendre conscience à la personne du caractère infondé, invérifié et irrationnel de cette cognition. Elle est une croyance bien souvent fausse et pas une vérité absolue. 

Il y a globalement deux méthodes pour modifier cette croyance :

  • la méthode cognitiviste propose à la personne de tester ses anticipations, généralement catastrophistes, des événements à venir de sa vie pour démontrer que les anticipations étaient infondées. Typiquement, une personne anxieuse anticipe de nombreuses catastrophes à venir dans sa vie. La mémoire est très sélective et donne systématiquement raison ou presque à l'anticipation. Aussi, pour reprendre l'exemple ci-dessus, la personne note dans un carnet, ses anticipations ou ce qu'elle pense qu'il va se passer de catastrophiques, la raison de cette catastrophe, et sa croyance sous-jacente, dont la catastrophe à venir ne serait que la démonstration dans la vraie vie. Sur ce même carnet, il peut être noté a posteriori ce qui s'est réellement passé. En confrontant l'anticipation à ce qui s'est réellement passé, généralement pas la catastrophe attendues, la personne revise sa croyance qui la rend anxieuse. Elle sort ainsi progressivement de son trouble de l'humeur : anxiété ou autre.  
  • la méthode behaviouriste part de la même démarche de confrontation de l'anticipation à la réalité pour invalider la croyance à la source du problème. En revanche, le behaviourisme ne part pas d'événements de la vie réelle tels qu'ils se présentent aléatoirement dans la vie de la personne; mais elle crée ces situations en modifiant le comportement de la personne. En effet, l'anxiété, la phobie, la dépression font éviter certaines situations et renforcent par là automatiquement la croyance. Une personne très timide évite les rencontres du fait de sa timidité, et ce faisant n'a pas la possbilité de tester ses croyances sous jacentes sur sa supposée "nullité", "qu'elle n'intéresse personne", "qu'elle est ridicule" ou autre. Pour que cette personne puisse tester ses croyances et anticipations, le behaviourisme l'amène à changer son comportement pour être amenée à prendre conscience de ses biais cognitifis. Il lui est demandé d'affronter ses peurs et ne plus les éviter, pour soulager les souffrances, même si ce changement de comportement ne se fait pas sans difficultés. 

Cela dit, le terme de behaviourisme fait également référence à des techniques de changement du comportement avec comme idée sous jacente, que ce changement de comportement va améliorer la vie de la personne. Cela va bien au delà du cognitivisme puisque ces techniques sont des techniques éducatives pour socialiser et aider les personnes ayant des troubles envahissant du développement dont l'autisme. Sans doute est ce la source de la confusion.