Remarques et réflexions

16 janvier 2012

dissociation et méditation

J'ai déjà parlé de mes recherches en matière de techniques de relaxation : l'auto-hypnose, le training autogène et la méditation. Aujourd'hui j'ai trouvé le training autogène comme étant le plus efficace pour diminuer mes symptomes d'anxiété. Je n'ai quasiment plus d'insomnies, qui étaient pourtant chroniques. 

J'avais commencé avec la méthode simplifiée, qui se limite à l'exercice de chaleur dans chacun des bras et des jambes. L'effet avait déjà été radical au bout de quelques semaines et m'avait permis d'avancer sur bien des points. J'ai depuis travaillé la méthode complète, telle qu'initialement mise au point par Schultz, son créateur. Elle continue par les exercices de pesanteur et chaleur dans les membres par des exercices de perception du battement cardiaque, puis de respiration, de chaleur dans l'abdomen puis de fraîcheur sur le front.Je maîtrise désormais l'ensemble de la technique.

Le training autogène me permet de m'isoler et de mettre à distance mes émotions, mon stress. Je dissocie moins, j'ai plus de facilité à être conscient des phases de stress aigues lorsqu'elles me saisissent. Je ressens le stress, mais je l'observe alors qu'il s'installe. Il n'envahit pas tout, plus comme il le faisait auparavent. Il est à distance, pour reprendre une expression d'un CD d'auto hypnose qui m'a également beaucoup aidé "je ressens le stress, l'anxiété mais je ne suis pas le stress."

L'ouvrage qui me sert de guide, en anglais car je n'ai rien trouvé de satisfaisant en français, continue sur des exercices de méditation. J'ai commencé à les travailler. A suivre...

En tout état de cause, je regrette que le training autogène ne soit pas plus diffusé dans la communauté des psychiatres et des psychothérapeutes, en particulier pour le traitement du stress dans ses formes les plus aigues. Aujourd'hui, aux USA la méditation transcendantale est considérée comme efficace pour le traitement du PTSD. Je suis convaincu que le training autogène l'est également.

 

 

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07 janvier 2012

Surtout ne pas en parler, puisque c'est si important

Lorsque le film "Le nom des gens" est sorti en salle. J'ai été bouleversé. C'était l'histoire familiale sur écran en quelque sorte. Beaucoup de choses s'y retrouvent. Le changement de nom, la persécution des juifs durant la deuxième guerre mondiale, les origines qui doivent rester cachées, les tabous et choses dont on ne peut pas parler...parce que c'est important, si lourd, si chargé émotionellement.

J'ai ri, j'ai pleuré.

Il y a notamment ce passage qui m'a secoué. La mère du héros (joué par Jacques Gamblin) a perdu sa carte d'identité et va s'en faire refaire une. On lui demande son nom de jeune fille, si elle est née en France. Elle se décompose, son fils intervient pour la sortir de là. Elle est une survivante de la Shoah, juive qui a changé de nom et il ne faut pas que cela se sache.

Il y a 20 ans, j'étais avec mon père en voiture. Il grille un feu sans vraiment le voir et est arrêté par des policiers. Ils contrôlent ses papiers. Le flic de base revient avec cette question, "Monsieur Pierre I. fils de Georges Israel ?" Je vois mon père se décomposer. Il bredouillait, essayait de contrôler son émotion, et demandait pourquoi cette question. Mon père est un survivant de la Shoah, juif qui a changé de nom et il ne faut pas que cela se sache.

Ils pourraient revenir.


 

 

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11 décembre 2011

flashback

Le terme flashback, utilisé pour les problèmes de stress post-traumatiques, est bien souvent très mal compris et fait passer à coté de la réalité et les caractéristiques du phénomène. Le forum doctissimo.fr donne cette définition qui n'est pas fausse, mais peut induire en erreur:

"L'état de stress post-traumatique (névrose post-traumatique) est consécutif à un événement hors du commun qui provoquerait des symptômes évidents de détresse chez la plupart des individus. L'événement est perpétuellement revécu sous forme de souvenirs, de rêves, d'impression qu'il va se reproduire... Le sujet s'efforce d'éviter tout ce qui lui rappelle l'événement et souffre d'une hypertonie neurovégétative (irritabilité, hypervigilance, hyperréactivité au stress, difficultés d'endormissement...)."

Le flashback n'est pas une rêverie qui nous prendrait, avec des images, une histoire qui se déroulerait dans une sorte de demi sommeil, ou auquel nous nous abandonnerions. Il n'est pas un souvenir au sens où on l'entend généralement. Il suffirait alors de se réveiller et de décider de revenir à la réalité instantanément. Comme un dormeur peut être réveillé, la personne qui a un flash-back pourrait être ramenée au présent et à la réalité qui est celle vécue par son entourage. Rien n'est plus faux.

Un flash-back est un processus corporel, organique dans laquelle l'image est parfois totalement absente. Le corps réagit, le système nerveux se met en action très vite et violemment sans qu'aucune image, aucun processus conscient, ou du type de la rêverie n'intervienne. J'ai cité l'un des chercheurs les plus respectés sur le sujet dans un précédent post :

"S'il est vrai qu'au coeur de la désorganisation de nos patients traumatisés et négligés, se trouve le problème qu'ils ne peuvent analyser ce qui est en train de se passer lorsqu'ils refont l'expérience des sensations physiques des traumas passés, mais que ces sensations produisent uniquement des émotions intenses qu'ils sont incapables de moduler, alors notre thérapie doit consister à aider les personnes à rester dans leur corps et à comprendre ces sensations physiques. Et ce n'est certainement pas quelque chose qu'aucune des psychothérapies traditionnelles, que nous avons tous apprises, aide ces personnes à faire très bien."  Bessel van der Kolk (1998) cité par Babette Rothschild dans "Le corps se souvient"

 Je sais de par mon expérience personnelle, à quel point cette remarque est juste. Dans des moments dits de 'flashback', j'avais l'impression d'être dans le présent, même si je flottais dans le décor environnant. Je dissociais pour reprendre le nom du symptome. Je réagissais comme si j'étais dans le passé alors que je n'y étais plus. J'étais là et pas là. C'est sans doute le plus déroutant pour l'entourage. Je pouvais parler, m'exprimer, et tenir une conversation mais je n'étais plus "là". Mon corps, son système nerveux n'était plus dans l'instant présent mais dans le passé traumatique. Il n'y a pas de rêverie...Le présent est un décor de théatre dans lequel le passé se rejoue ou plutôt, que le corps rejoue de manière totalement autonome.

Les images sont revenues bien plus tard une fois que le tsunami émotionnel était passé et que j'arrivais à surnager dans le flot des sensations corporelles. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est à mon sens, indispensable de commencer par maîtriser des techniques de relaxation réellement efficaces pour pouvoir gérer les sensations corporelles qui ne sont pas conscientes pour pouvoir les mettre à distance, les associer à une image, une odeur, un son et ainsi pouvoir les gérer.

 Pour mieux comprendre, il y a le film Rambo 1 et sa fin. Oubliez le coté guerrier, le culte de la violence et de la force brutale qui se sont greffés sur ce nom. Oubliez les rambo 2 et 3, 4 et autres suites faisant l'apologie de la guerre et revoyez la fin du premier, qui est l'illustration remarquable du flashback.

Le colonel "C'est terminé Rambo !"

Rambo "Non ! Rien n'est terminé ! Rien"

...

Le colonel "Tout ça c'est du passé"

Rambo "POUR VOUS !"

...

 

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03 décembre 2011

La crise

Qu'est ce qu'une crise ?Dans son ouvrage génial (disponible ici), "The secrets of consulting" Gerald Weinberg consacre quelques pages remarquables à la question. Tout le bouquin mérite d'être lu et médité, ruminé et pas uniquement si vous êtes consultant(e) ou que vous êtes amené(e) à travailler avec l'un d'eux.

Une crise écrit il, et ce grace à son amie Rhonda dit il, n'est pas la fin du monde mais juste la fin d'une illusion. Cette remarque est beaucoup plus profonde qu'elle n'y paraît et empreinte d'une sagesse qui mérite de s'y arrêter. La crise économique n'est rien d'autre que la fin de l'illusion que l'accroissement de la richesse collective et du niveau de vie est certain et infini. La crise de la dette souveraine dans la zone euro est la fin de l'illusion qu'un pays européen remboursera toujours sa dette, quoi qu'il puisse se passer sur le plan économique.

En psychologie, la fameuse crise de la quarantaine marque simplement la fin de l'illusion que nous serons toujours jeunes, dynamiques et avons une énergie infinie qui ne diminuera jamais. La crise est d'autant plus forte que l'illusion était grande. Le décalage entre l'illusion et la réalité est la mesure de l'ampleur et de la sévérité de la crise.

Nous avons tous des croyances, des certitudes quant à nous même, au monde qui nous entoure. Les faits peuvent les contredire mais généralement, nous filtrons suffisamment pour ne garder que les faits qui confortent nos croyances et nos visions tant que cela est possible. Parfois, ce n'est plus possible et nous sommes contraints de réajuster notre vision et nos certitudes, parfois de manière marginale, parfois de manière radicale et beaucoup de choses peuvent voler en éclat lorsque la remise en cause est trop radicale. La principale difficulté est alors d'arriver à reconstruire après. Sujet bien connu des psychothérapeuthes et de leurs patients.

Ces moments sont difficiles mais il faut essayer de les voir comme des opportunités pour progresser. Winston Churchill avait cette formule :

"Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, l'optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté".

L'optimisme pourrait il être le résultat d'un travail sur soi et sa propre vision du monde ?

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22 octobre 2011

L'indigeste cocktail Darwin et Adam Smith

"Mais c'est une vieille, une éternelle histoire : ce qui s'est produit avec le stoïcisme continue, à se produire aujourd'hui, sitôt qu'une philosophie commence à croire en elle-même. Elle créée toujours le monde à son image, elle ne peut faire autrement. La philosophie est cette pulsion tyrannique même, la plus spirituelle volonté de puissance, de "création du monde", de causa prima."  Frédéric Nietzsche - Par delà Bien et Mal ; I-9

Il y a un avant et un après Darwin, comme il y a un avant et après Copernic. Dans les deux cas, la centralité de l'homme dans l'univers et la croyance que l'univers est organisé pour lui a été sérieusement ébranlée. Dans les deux cas, l'homme n'est plus un cas à part dans le monde qui aurait été créé pour lui, pour en être à la tête. Il devient l'un des membres et l'une de ses parties régies par des lois qui s'appliquent à tous et auxquelles il ne peut échapper. 

La théorie darwinienne a subi le même sort que les autres philosophies en permettant de justifier l'égoisme et l'intérêt personnel. Elle leur a donné une caution morale. Ce n'est pas ce que Darwin avait écrit, ni pensé ? Qu'importe, comme Nietzsche a permis de donner une caution intellectuelle au nazisme et à l'anti-sémitisme en trafiquant ses écrits et détournant ses textes, il est possible de lire Darwin pour en faire la caution de tous les excès de l'égoisme capitaliste et social. En posant, dès les premières pages de "la sélection naturelle",  l'expression de lutte pour la vie, il a ouvert la boite de Pandorre. Darwin a eu beau s'opposer à l'esclavage de manière très ferme. Darwin eut beau écrire que l'entraide et l'empathie, les émotions positives pour autrui comme ayant une utilité et ayant été sélectionnéees au même titre que les caractéristiques physiques des espèces, rien n'y fit. La lutte pour la vie a été érigée en morale et en justification de tous les égoismes, au moyen d'une lecture partiale et d'un détournement.

Lorsqu'Adam Smith invoque la trop fameuse "main invisible" qui pousserait les individus à agir dans l'intérêt général alors même qu'ils n'ont en tête que leur intérêt personnel, il n'entend pas cautionner tous les abus des rapports de force qui sont ceux du marché. Il a en tête l'existence de mécanismes auto-régulateurs d'un marché qui serait malgré tout contrôlé par des lois et un cadre réglementaire qui veille à tout moment à ce qu'une catégorie n'abuse pas de sa position pour faire prévaloir son intérêt au détriment de l'intérêt public. Adam Smith a eu beau écrire que le laissez faire total ne pouvait mener qu'à une conspiration des hommes d'affaires et des monopoles qui permettent d'écraser les acheteurs, et aujourd'hui j'aurais envie de dire, les salariés ou sous-traitants. Les néo-libéraux ont justifié l'avidité de quelques uns au détriment des autres par Adam Smith et Charles Darwin.

Au fond, le problème n'est pas Darwin tout seul mais le mélange avec Adam Smith qui l'a rendu particulièrement indigeste. Comme le mélange d'alcools rend rapidement malade et finit en maux de tête. Nous avons une migraine qui ne passe pas. "La richesse des nations" prise en elle même, indépendamment de tout autre théorie naturaliste me convient plutôt bien. Je ne m'imagine pas vivre ailleurs ni autrement que dans une société libérale. "La sélection naturelle" absorbée pure est tout fait digeste et même très roborative.

Le problème vient du mélange. 

Après tout, le mouvement anti-Wall Street exprime en acte l'indigestion suite à une consommation excessive du mélange. Le problème que nous avons est celui d'une double justification de l'égoisme. Un banquier d'affaire, un grand patron dispose de tous les outils intellectuels et philosophiques pour justifier son égoïsme. Si je gagne des sommes mirobolantes, des bonus qui se chiffrent en millions d'euros alors que d'autres cumulent plusieurs emplois à temps partiels pour joindre les deux bouts, il n'est pas trop difficile en mélangeant Darwin et Smith de penser que c'est la loi de la nature et la meilleure organisation possible de la société.

Faut il blâmer Darwin et Smith ou plutôt l'idéologie qui récupère deux penseurs géniaux pour justifier ses intérêts personnels et les ériger en vérités scientifiques et morales ?

 

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01 octobre 2011

Corps et esprit

S'il est vrai qu'au coeur de la désorganisation de nos patients traumatisés et négligés, se trouve le problème qu'ils ne peuvent analyser ce qui est en train de se passer lorsqu'ils refont l'expérience des sensations physiques des traumas passés, mais que ces sensations produisent uniquement des émotions intenses qu'ils sont incapables de moduler, alors notre thérapie doit consister à aider les personnes à rester dans leur corps et à comprendre ces sensations physiques. Et ce n'est certainement pas quelque chose qu'aucune des psychothérapies traditionnelles, que nous avons tous apprises, aide ces personnes à faire très bien.

                     Bessel van der Kolk (1998) cité par Babette Rothschild dans "Le corps se souvient"

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05 septembre 2011

Darwin, la marâtre et le trousseur de jupons

Dans son ouvrage "la descendance de l'homme", darwin développe l'idée que nos comportements peuvent s'expliquer par le souci de s'assurer une descendance. Les comportements qui maximisent les chances de survie, mais également d'accès aux ressources ont été sélectionnés au fil des générations. Il y aurait alors une forme de "lutte pour la vie", pour reprendre l'expression de Darwin lui même dans "l'origine des espėces", mais étendue à la progéniture.

Cette lutte pour la vie des descendants prendrait des formes différentes pour les hommes et les femmes. Sarah Blaffer Hrdy évoque cette question indirectement au travers d'analyses comparées des comportements des mâles et femelles des différentes espèces de grands singes, dont l'homme fait partie, dans son ouvrage "La femme qui n'évoluait jamais".

Cette approche est sans doute celle qui permet le mieux de saisir et donner sens au comportement des marâtres. Aprés tout, celle-ci ne cherche que à assurer à sa descendance, les meilleures chances de survie et de développement, voire d'épanouissement, fut ce au détriment manifeste des enfants de son conjoint, mais descendance d'une autre femme. L'homme, dans la mesure où il est indispensable aux descendants de la marâtre, doit être détourné des enfants de son ex-conjointe pour se consacrer à la descendance de la marâtre.

Certaines femmes, même si elles différencient entre leur descendance et celle des autres femmes qui vivent sous leur toit, ne cherchent malgré tout pas à accaparer leur conjoint sans partage pour ses autres enfants. D'autres sont prêtes à beaucoup de choses pour leur descendance, outrepassant certaines règles de respect indispensables pour le bon fonctionnement d'une tribu moderne.

Ne croyez pas que mon objectif soit de critiquer les femmes et montrer en exemple l'homme. Il ne s'agit pas de démontrer une quelconque supériorité de l'homme sur la femme ou vice versa. Car le comportement de l'homme qui fait des enfants à une femme pour s'en désintéresser peu de temps après, en trouver une autre, avoir d'autres enfants sans s'y intéresser beaucoup plus, s'explique tout autant par la théorie darwinienne.

Si une femme veut s'assurer une descendance, sachant qu'elle ne peut avoir beaucoup d'enfants au cours de sa période féconde, celle-ci a intérêt à maximiser les chances de son ou ses quelques enfants. Au contraire, un homme peut adopter la stratégie de la multiplication des enfants en partant du principe que sur le nombre, la chance est élevée que quelques uns s'en sortent. Ne pas rester avec une seule femme, augmente d'une certaine façon ses chances de garder une descendance. Il a en quelque sorte une stratégie de reproduction inverse et symétrique de celle de la femme. Cette stratégie n'est généralement pas consciente, tant chez l'homme que la femme.

Est ce mieux d'être un trousseur ou une marâtre ? Je ne sais pas. Il y a là deux formes d'égoisme et d'absence de générosité que je renvoie dos à dos. Elles ne sont pas indispensables, ni inévitables. Darwin a parlé des comportement moraux et de leur émergence comme trait de certains individus, progressivement sélectionnés parce que bénéfiques au groupe et donc à l'individu de manière indirecte (la logique étant : si je t'aide, il y a plus de chances que tu m'aides en retour).

Je ne crois pas au libre-arbitre ni au déterminisme biologique total, juste à une capacité, elle aussi fruit de l'évolution naturelle, de comprendre les lois qui sont les nôtres pour trouver des marges de manoeuvre, et viser le bonheur.

Comme quoi, Darwin avait raison.

 

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06 août 2011

ne pas dire pour ne plus souffrir

J'ai deux frères, l'aîné se pique d'auto hypnose, à laquelle il est venu par le biais de la magie et la scène. Il a suivi quelques formations et voit les applications thérapeutiques. Il applique la loi du marteau "donnez un marteau à un enfant et tous les objets qui l'entourent se transformeront en clous". Il propose à tout le monde de les hypnotiser parce que c'est bon pour eux. Je suis un grand défenseur, partisan de l'hypnose que j'utilise énormément, régulièrement avec succès pour traiter mon anxiété et m'apaiser. Une sorte d'anti dépresseur analgésique en auto administration si je puis dire. Cette certitude de détenir la vérité chez mon frère aîné m'agace. L'hypnose ne résoud pas tout et loin de là. 

Il a proposé à toute la famille de les hypnotiser. J'ai refusé. Il est mon frère, pas un tiers neutre ce qui change tout. Et puis, je n'ai pas suffisamment confiance en mon frère pour me laisser aller et lâcher prise vis à vis de ses suggestions. Mon autre frère, cadet, dont je suis très proche, a refusé également mais pour d'autres raisons que moi. Il a refusé de se mettre en état hypnotique avec les suggestions et la présence de mon frère aîné pour ne pas parler à nouveau de ma soeur ni de ce qui s'est passé.Il n'a pas envie que cela revienne, ni le réévoquer.

J'ai été surpris. Je connais moins mon frère que je ne le pense.Quoique...j'aurais pu m'en douter.

Quelques jours après le suicide de ma soeur, ma femme de l'époque m'a froidement expliqué que c'était la meilleure chose qui pouvait arriver. Je l'ai mal pris. Ce propos fait sans parties des raisons qui m'ont décidées à divorcer.Je n'allais pas bien. L'événement a déclenché un retour de mémoire d'une violence que je n'aurais jamais imaginée. Comme j'aime le dire parfois, je suis alors "passé du coté obscur de la force". Une psychiatre m'avait donné le conseil d'en parler à ceux de mon entourage qui avaient vécu les mêmes événements. J'ai d'abord essayé d'en parler avec mes parents, ma mère en particulier qui m'a cloué le bec comme elle seule peut le faire, par cette phrase fermant toute discussion "Vous n'avez pas soufferts, ton père et moi avons souffert mais pas vous". Je n'en ai plus jamais parlé de quoi que ce soit qui se rapproche de notre histoire, ni avec elle ni avec mon père. J'ai parlé à mon frère cadet, celui qui a refusé récemment les séances d'hypnose proposées par mon autre frère.

Je travaillais alors sur les Champs Elysées. Nous nous retrouvions à la sortie du travail certains soirs. Il me disait "J'ai envie d'un Mac Do". Nous allions à celui du haut des champs, près de l'Arc de Triomphe et qui a disparu depuis. Nous évoquions ce que nous avions vécu, ensemble mais également alors que l'autre n'était pas là. Il me parla de la soirée, la veille des épreuves du bac, de ma soeur le frappant avec un gros thermomètre baromètre monté sur bois. Je lui parlais de la fois où elle avait sorti un couteau de cuisine, dont il ne se souvenait pas. Il me parlait de sa rage qui ne passait pas.

A ce moment, s'est construite une autre forme de relation à mon frère. Nous étions proches, nous le sommes restés. Il peut ne pas m'appeler, me voir ni donner de nouvelles pendant des semaines, voire plus d'un mois mais il n'y a aucun doute ni inquiétude chez moi. Je sais que nous sommes liés et attachés l'un à l'autre. Lorsqu'il y a un gros, un vrai problème nous nous appelons.

Il y a quelques années, il a été admis aux urgences. Heureusement qu'il était à Paris à ce moment là, sinon j'aurais aujourd'hui perdu également un frère. Je suis allé aux urgences pour le voir. Une fois dans la chambre, il a demandé à sa femme de nous laisser, ainsi qu'à nos parents. Il souffrait. Il m'a dit qu'il était content de me voir. Il ne voulait voir personne d'autre que moi. Il m'a demandé de lui masser le bas du dos pour tenter d'apaiser la douleur, sans succès. Ce fut la morphine qui le soulagea.

Quelques mois plus tard, il revenait d'un déplacement à l'étranger. Il m'avait appelé pour me demander si je pouvais l'accueillir à dormir et l'emmener aux urgences tôt le lendemain matin, voire la nuit si la situation se dégradait. Il avait des sensations qui l'inquiétaient. Il devait aller chez mes parents dormir, habitant à l'époque à Londres, mais il leur dit simplement qu'il préférait être chez moi. Il ne voulait pas que j'en parle à qui que ce soit. Je l'ai emmené aux urgences le lendemain matin tôt. Il n'avait rien finalement. Mes parents m'ont appelé pour avoir des informations que je n'ai pas données. C'était à mon frère cadet de décider de ce qu'il voulait dire et à qui.

Comme dit Goldman dans sa très belle chanson "Veiller tard" : "ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres."

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14 juillet 2011

Déconnexion sauvage

Lorsque le stress est trop fort, trop intense, je déconnecte, je débranche tout. C'est une défense psychologique instinctive. En me coupant de mes émotions, de mes sensations je ne ressens pas le stress temporairement. Je suis ailleurs, dans un monde parallèle où je ne sens rien et j'accepte beaucoup de choses, parfois trop.J'ai découvert le terme de dissociation psychologique. Lorsqu'il y a dissociation, j'évolue dans un décor et le monde qui m'entoure est à distance. Je n'en fais plus partie. C'est très pénible comme sensation. Cela se produit à l'insu de mon plein gré. Une phrase de quelqu'un, une couleur, un son et la crainte surgie du passé remonte. Ne pouvant réellement m'échapper, je dissocie. Je m'échappe dans ma tête. J'ai lu que c'est très fréquent et connu des psychiatres. Ce n'est que le résultat du stress intense mais pas seulement. La dissociation, la déconnexion sauvage se produit lorsqu'il n'y a aucune issue à la situation ingérable : fuir n'est pas possible, et lutter ne l'est pas plus en raison de la situation d'infériorité. La seule solution est alors la dissociation. Le système nerveux débranche les sensations comme on arrache une prise de courant pour arrêter une machine. Le rebranchement se fait à un moment ou un autre. Cela prend plus ou moins longtemps. Auparavant il me fallait plusieurs jours pour vraiment reprendre contact, m'apaiser. Rester dans cet état de dissociation n'est pas possible, la protection qu'il procure n'est que temporaire. Au bout d'un temps, le réel et le stress reviennent violemment, d'autant plus violemment qu'ils ont été mis longtemps à distance. Aussi j'essaie d'être attentifs aux signes de stress et de dissociation pour les gérer rapidement par la relaxation.

Cela dit, être présent signifierait ressentir et souffrir, aussi le jeu en vaut il la chandelle ? Il y a parfois une sorte de calcul économique qui vise à mettre en regard, dans une sorte de balance incertaine, le désir d'être totalement dans le présent et le réel pour y avoir prise, et l'investissement émotionnel que cela implique avec tout le stress et l'anxiété que cela peut déclencher.Je ne sais pas comment sortir de ce cercle et de cette alternative. J'évalue, je réfléchis et je décide.

L'anxiété est toujours là, les symptomes sont présents et je dois nécessairement à un moment, me retirer pour les gérer. Dans ces moments, il me faut être seul, en moi même. J'effectue alors une reconnexion avec le monde sur un mode positif et agréable. J'y travaille de plus en plus. Il ne s'agit plus de répondre à la sollicitation de l'entourage ni à la peur de la conséquence d'une inaction, ou action inefficace. La crainte de la souffrance n'est plus moteur de l'investissement dans le moment présent, mais bien l'apaisement et la confiance dans la bienveillance du monde extérieur. Retrouver cette bienveillance de l'environnement n'est pas si facile ni si immédiat. Il demande de repartir des sensations corporelles agréables pour progressivement les étendre au monde environnant et ne plus rester accroché à ses craintes, ses anxiétés qui trop souvent correspondent à un moment qui n'est plus, ou à un lieu qui n'est pas celui dans lequel je suis.

La question est celle de l'équilibre et de la gestion de la distance avec le réel, l'implication émotionnelle pour ne pas être absent mais ne pas être submergé par le stress. Pas si simple.

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10 juillet 2011

les anti-dépresseurs sont ils des placebos ?

Des articles et livres aux Etats Unis contestent l'efficacité des anti-dépresseurs.Ne seraient ils que des placebos ? Je ne suis ni médecin, ni pharmacien et je n'y connais rien en chimie ni en médicaments. Malgré tout, le débat est intéressant pour nous français qui sommes les plus gros consommateurs de psychotropes si j'en crois les articles divers et variés sur le sujet.

Dans le New-York Times de ce dimanche 10 juillet, Peter Kramer, psychiatre de son état, fait le point sur le sujet et discute le bien fondé de ces critiques dans un éditorial. Il prend la défense des anti-dépresseurs en avançant des arguments nuancés. Il fait le point sur les études menées pour différents types de dépression et de maladies sur lesquelles les anti dépresseurs ont montré de l'efficacité et cela va très au delà de la dépression sévère. Parker mentionne le cas d'un ami qui a eu une attaque et a fait des progrès moteurs après que des anti-dépresseurs lui ont été prescrits. Il critique les méthodes des laboratoires pharmaceutiques dans leurs tests pour mise sur le marché de médicaments, les méthodes de la presse qui en fait ses gorges chaudes sans les nuances indispensables et revient sur les différentes méthodes d'évaluation effectivement utilisées. Sa conclusion est sans ambiguité, les anti dépresseurs sont efficaces et ne sont pas des placebos. Marteler le contraire comme le fait la presse est dangereux car cela créée des souffrances inutiles.

Cela dit, il conclut sur sa pratique et indique que pour les dépressions modérées, la psychothérapie est le moyen le plus efficace et à privilégier. Il prescrit de manière limitée les anti-dépresseurs. Si les progrès sont lents, il prescrit alors des anti-dépresseurs. Il semblerait d'après Parker, que les anti-dépresseurs facilitent plus qu'autre chose et introduisent une sorte de plasticité du cerveau qui permet le changement.

Je vous en livre un extrait :

BETTER-DESIGNED research may tell us whether there is a point on the continuum of mood disorder where antidepressants cease to work. If I had to put down my marker now — and effectively, as a practitioner, I do — I’d bet that “stuckness” applies all along the line, that when mildly depressed patients respond to medication, more often than not we’re seeing true drug effects. Still, my approach with mild depression is to begin treatments with psychotherapy. I aim to use drugs sparingly. They have side effects, some of them serious. Antidepressants help with strokes, but surveys also show them to predispose to stroke. But if psychotherapy leads to only slow progress, I will recommend adding medicines. With a higher frequency and stronger potency than what we see in the literature, they seem to help.
My own beliefs aside, it is dangerous for the press to hammer away at the theme that antidepressants are placebos. They’re not. To give the impression that they are is to cause needless suffering.
As for my friend, he had made no progress before his neurologists prescribed antidepressants. Since, he has shown a slow return of motor function. As is true with much that we see in clinical medicine, the cause of this change is unknowable. But antidepressants are a reasonable element in the treatment — because they do seem to make the brain more flexible, and they’ve earned their place in the doctor’s satchel.

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